Réflexions de Richard Rooney | Ce dont nous avons besoin

Ayant passé beaucoup trop de temps seul ces dernières semaines, et en réponse aux questions que vous nous avez posées sur cette crise, j’ai développé l’exposé qui suit pour vous transmettre ce que je crois nécessaire au rétablissement de la confiance dans l’économie et les marchés.

Selon moi, nous avons besoin de quatre éléments.

Premièrement, nous avons besoin d’une intervention massive des autorités monétaires sur les marchés du crédit et éventuellement des actions. Nous avons besoin d’un acheteur de dernier recours très actif. La Réserve fédérale a largement satisfait à cette condition lundi dernier en mettant en place un vaste éventail de facilités de crédit visant à injecter de grandes quantités de liquidités dans les marchés. Elle devrait probablement être prête à en faire plus. La Banque du Canada est également très active et est bien positionnée avec un bilan conservateur par rapport à la plupart des banques centrales mondiales. La Banque centrale européenne a également annoncé un vaste programme d’achat d’actifs.

Cette condition préalable à la stabilité des marchés de capitaux a donc été satisfaite en grande partie.

Deuxièmement, nous avons besoin de programmes d’assistance importants pour faire face au tsunami de chômage et de stress financier qui s’est abattu sur une grande partie de la population. Les politiques gouvernementales de lutte contre la COVID-19, telles que l’auto-isolement obligatoire, écrasent la demande mondiale. Les gouvernements doivent compenser par de grands plans de secours ̶ ils doivent agir rapidement pour éviter l’interruption de revenus de millions de travailleurs.

Le Danemark a mis en place une solution des plus innovantes à ce problème, le gouvernement garantissant un pourcentage élevé des salaires des travailleurs, jusqu’à un certain plafond, à verser par le biais du système de paie de leurs employeurs. Le Royaume-Uni a adopté un programme similaire, si j’ai bien compris.

Le Canada et les États-Unis ont adopté une approche moins intégrée. Dans le cas du Canada, il y aura divers programmes de prestations complémentaires conçus pour envoyer des chèques directement du gouvernement. Bien qu’il dispose de divers moyens pour envoyer directement des paiements aux citoyens, comme l’assurance-emploi, les remboursements d’impôt et la prestation pour enfants, tous ces programmes prennent du temps à développer et, dans le cas de la nouvelle prestation d’urgence, à se mettre en place.

Aux États-Unis, l’éventail des programmes est encore plus complexe, bien qu’il soit énorme. Même David Rosenberg, commentateur économique reconnu pour son pessimisme, a été impressionné par l’ampleur du programme d’aide américain.

Il suffit de dire que notre deuxième souhait est en cours de réalisation. Les gouvernements devraient être prêts à faire tout ce qui est nécessaire dans ce contexte pour aider leurs citoyens.

Troisièmement, il y a le virus. Nous observons tous avec une appréhension grandissante le nombre de cas et le nombre de décès qui augmentent mondialement. On nous rappelle constamment que les résultats que nous constatons sont décalés en raison de l’accès insuffisant aux tests de dépistage et des délais d’obtention de leurs résultats. Et le nombre de cas augmente sans cesse, à un rythme effrayant.

Chaque jour, nous en apprenons davantage sur la progression du virus et, dans les trois prochaines semaines, nous aurons une idée de l’importance de la population touchée. Nous devons espérer que les initiatives de distanciation sociale actuellement en cours auront l’effet souhaité d’aplatir la courbe de croissance du virus. Les certitudes quant à l’évolution du virus ne feront que s’accroître. Pour l’instant, nous sommes dans une situation de grande incertitude.

Le virus est un nouvel élément dans la psychologie des marchés, donc personne ne sait comment il va affecter les investisseurs au jour le jour. Il existe certainement un lien entre la propagation du virus et la durée du confinement, et je pense donc qu’il pourrait constituer un facteur supplémentaire dans un marché déjà très volatil.

Mais la plus grande nouvelle concernant le virus sera le moment où il atteindra le sommet avant de régresser. C’est le troisième élément que nous observerons.

Le quatrième élément pour restaurer la confiance est de garder en tête qu’il y aura une fin à cette souffrance. C’est probablement ce que le président Trump essayait de faire lorsqu’il a parlé de mettre fin au shutdown d’ici Pâques, bien que la plupart des autorités sanitaires estiment que ce soit beaucoup trop tôt.

Il n’en reste pas moins que ce serait réconfortant d’avoir le sentiment qu’il existe un plan, assorti d’un échéancier, pour relancer cette économie mondiale en ruine. L’idée que la situation actuelle persiste au-delà de quelques semaines est alarmante. L’Amérique du Nord est hétérogène et libérale, contrairement aux pays d’Asie de l’Est qui ont été les premiers touchés par cette pandémie et qui semblent l’avoir assez bien supportée. Il est raisonnable de se demander combien de temps la population supportera des restrictions d’activité extrêmes.

La partie vraiment difficile pour les décideurs politiques commencera lorsque la courbe virale entamera sa descente. Ils devront alors se lancer dans des calculs utilitaires incroyablement difficiles pour faire au mieux, pour le plus grand nombre de citoyens. D’ici là, toutes leurs décisions leur sont imposées par les circonstances de la pandémie.

Nous sommes des sociétés démocratiques et humaines. S’occuper des personnes âgées et des plus vulnérables est considéré comme fondamental dans notre culture. Aussi, il est essentiel pour notre économie de fournir du travail à ceux qui le souhaitent. Avec la COVID-19, ces deux principes finiront par entrer en conflit. Plus les mesures prises pour lutter contre la pandémie seront strictes et plus elles seront appliquées longtemps, plus les dommages causés aux finances, à l’éducation et aux perspectives des jeunes générations et de la classe ouvrière seront importants.

Nous devons faire preuve de compassion et de patience à l’égard de toutes les personnes concernées. Personne ne l’a souhaité, personne ne l’a prévu et personne ne détient toutes les réponses.

Mais nous devons savoir comment les gouvernements luttent avec ces terribles compromis et s’ils travaillent à la mise en œuvre d’un plan.

Aucune raison ne pourra empêcher la mise en place de ces quatre éléments au cours des deux prochains mois. Les progrès réalisés sur les deux premiers éléments ont déjà déclenché un puissant redressement des marchés des capitaux. Lorsqu’ils seront en place (et c’est un «quand» et non un «si»), nous pourrons tous envisager un retour à la vie normale. Si cette pandémie ne fait rien d’autre, je suis sûr qu’elle nous aura appris à chérir cela.

Avec gratitude,

Richard Rooney, FCPA, FCA, CFA
Président et chef des placements


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